Complètement séduit par sa prestation au festival Acoustic du Poiré-sur-Vie en
début d'année, je me suis laissé tenté par le concert que donnait Florent Marchet en ce début de mois de novembre au Casino de Paris. Ce que je ne savais pas (parce que je m'étais mal
renseigné), c'est qu'il s'agissait d'un concert où il était la vedette principale mais pas la seule. Il a bénéficié d'un concert plus long que les autres mais n'a été que le troisième
chanteur de la soirée sur un total de quatre artistes.
L'attente fut donc longue et son concert court et sans rappel. C'est étrange et frustrant quand le show s'arrête brutalement et qu'on est pas au courant que le chanteur doit
laisser sa place à un autre artiste. De sa belle et musicale voix, il a quand même heureusement fait plaisir au public avec sa pop joyeuse et classe :
'Courchevel', 'Benjamin', 'Qui je suis', 'L'idole', 'Narbonne plage', 'La charrette', 'La famille
Kinder' ... Il était tout aussi bien que la première fois, l'effet de surprise en moins pour moi et avec un public parisien moins réceptif que le public vendéen.
Mon moment préféré : c'était super sympa de voir débarquer Gaëtan Roussel pour interpréter 'Des hauts, des bas' (Philippe Djian/Stephan Eicher)
avec Florent, comme ici à Taratata :
Une jeune femme, en déplacement à Macao, entre notamment en contact avec un Japonais et une Ukrainienne. Au retour après une escale à Chicago, elle est prise de fièvre et meurt
brutalement, la bave aux lèvres, chez elle à Minneapolis. Il n'en faut pas plus au patient zéro pour commencer à répandre un nouveau virus hautement contagieux dans le monde entier.
Steven Soderbergh veut nous raconter cliniquement, par le menu, le développement de cette dramatique contagion, et nous décrire sociologiquement les différents types de
comportements chez l'être humain face à cette situation. Le virus n'est pas que celui auquel on croit. Soderbergh nous fait une démonstration de haute volée avec un film de grande qualité, sans
aucun doute. Assez noir et carrément anxiogène, il s'agit d'un portrait réaliste de notre planète. Cela peut arriver en vrai ainsi, ou même en pire ...
Pas forcément habitué à son cinéma, j'ai attendu les retournements de situations propres à la dramaturgie hollywoodienne. Rien de tout ça. En y réfléchissant, ce n'est pas plus
mal mais j'avoue avoir été sur le moment frustré d'avoir un scénario si linéaire avec des grandes vedettes sous-exploitées. Quel luxe de pouvoir aligner Matt Damon, Jude Law, Kate
Winslet, Marion Cotillard, Gwyneth Paltrow et Laurence Fisburne et d'en faire mourir certains au bout de quelques minutes. Un film passionnant à défaut d'être divertissant. 6/10
Mon moment préféré : Les scènes avec Kate Winslet. Que voulez-vous, je l'aime
Philippe Djian est l'un de ces écrivains contemporains français que je connaissais de nom sans savoir ce qu'il avait écrit (j'ai appris plus tard qu'il était l'auteur de '37°2 le
matin'). Un bouquin de poche attrapé au vol dans un magasin de journaux plus tard, et me voilà en train de le découvrir avec 'Incidences'. Est conté l'histoire
d'un professeur de littérature quelque part en Savoie (je crois), un cinquantenaire qui n'hésite pas à sortir avec ses jeunes étudiantes jusqu'à ce qu'une mésaventure avec l'une
d'elle lui en fasse passer le goût.
Rien n'est désagréable dans ce portrait d'un homme particulier à la psychologie rebelle (on s'en rend compte de plus en plus en avançant dans le roman). C'est écrit d'une belle
écriture précise, fluide, mais qui ne cède pas à la facilité. Un roman plutôt noir, mais en même temps au ton curieusement léger. Pourtant, je n'ai pas trouvé l'ensemble excessivement
passionnant.6/10
Mon moment préféré : quand le héros fait état de la pauvreté de la littérature française actuelle
En visionnant la bande annonce avant sa sortie, je n'ai pas du tout pensé que 'Intouchables' pourrait obtenir le succès qu'il est en train de connaitre, que je me casserais le nez à
plusieurs reprises sur des séances complètes plus d'une heure avant leur début, et que j'en entendrais partout parler de façon si dithyrambique. Le sujet me semblait écrit d'avance
et archi-revu même si le couple milliardaire tétraplégique-jeune de banlieue était inédit. Alors bien sûr, j'ai fait comme presque tout le monde, j'ai insisté pour trouvé une séance qui voulait
bien de moi.
Résultat : une bonne comédie qui ne mérite pas son succès pour sa seule valeur intrinsèque mais qui a le mérite de provoquer l'adhésion d'un maximum du public. Le film est bourré d'un humour
efficace qui joue sur la différence entre les deux milieux sociaux. La preuve en est que les gens étaient morts de rire, moi ... moins. Il joue aussi sur la corde sensible des sentiments et ça
touche forcément quand on sait que le scénario est inspiré d'une histoire vraie. C'est plein d'humanité et de solidarité, et cela fait du bien par les temps qui courent. Omar Sy a tendance a en
faire des caisses avec ses vannes en rafale, mais il faut bien avouer qu'il excelle dans son personnage de jeune homme agaçant et attachant en total décalage avec un François Cluzet au talent qui
se confirme d'années en années. En définitive, ce succès fait bien plaisir. 7/10
Mon moment préféré : la scène finale quand j'ai chialé
Fin septembre, j'ai eu l'occasion d'aller voir Fabrice Luchini sur scène dans le cadre de son spectacle sur Jean de La Fontaine. J'avoue en avoir gardé une impression un peu
ambivalente, le souvenir d'un type à la fois brillant mais aussi assez détestable.
Déjà, j'étais très fatigué ce soir-là donc je n'étais pas intellectuellement à 100% pour écouter du Baudelaire, du Céline et même du La Fontaine, surtout avec le débit très rapide (et
ampoulé) de Fabrice Luchini. J'ai tout de même fait de mon mieux pour apprécier les tirades et les explications de texte intéressantes et spirituelles du comédien. Et il fallait mieux tenter
de faire bonne figure, sinon on risquait de se faire traiter de "Robert", prénom affublé aux hommes que leur femme avaient forcés à venir à une sortie culturelle pour leur faire
plaisir. Et c'est bien là les limites de ce personnage un peu fou à sa manière, qui met volontiers en avant sa culture élitiste pour mieux souligner les limites de l'autre. Il n'a pas arrêté
de dire qu'en tant qu'homme de gauche, il se devait d'être tolérant vis à vis des Robert mais que cela lui coûtait . Jusque là, cela allait car en venant le voir en spectacle, on s'attend à ce genre de provocation de la part du
personnage. C'est lorsqu'il a commencé à enguirlander une spectatrice s'étant permis de tousser et donc de le déconcentrer pendant qu'il clamait du La Fontaine, que j'ai été
gêné. Cela donnait à peu de chose près : "C'est pas parce que vous avez payé votre place, que vous avez droit de tout faire". Il était évident qu'il ne plaisantait pas.
C'est seulement après s'être excusé auprès de la spectatrice indélicate à la fin du spectacle, qu'il est réellement parti dans ses fameuses improvisations déjantées, en
prenant notamment à partie des gens présents dans la salle (deux femmes italiennes et un étudiant en science cognitive connaisseur de Rimbaud). Cela a sauvé le spectacle à mes yeux.
Cancans ...